Collectif Roosevelt.be | Un "New Deal" en 15 solutions pour éviter le krach ultime

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Un "New Deal" en 15 solutions pour éviter le krach ultime

L’avis du Conseil Supérieur de l’Emploi sur la Réduction du Temps de Travail, un point de vue idéologiquement orienté.

Dans son dernier rapport annuel,  le Conseil Supérieur de l’Emploi s’est montré plus que défavorable à la réduction du temps de travail, estimant que l’effet sur la création d’emploi serait inexistant

Pour étayer sa position, le Conseil avance deux arguments qui nous paraissent à la fois non-fondés et idéologiquement orientés.

  • 1er argument : « L’expérience française des 35 h a été un échec en termes de partage du temps de travail, mais aussi de compétitivité et de croissance ».

Ce point de vue est tout-à-fait contestable. En effet, dans les conclusions du rapport de la commission d’enquête de l’Assemblée Nationale Française (Rapport Romagnan - décembre 2014), portant sur l’impact de la réduction du temps de travail, on peut lire que :                                                              « Les lois Aubry sur les 35 h/semaine ont créé 350.000 emplois et ainsi contribué à réduire le chômage.

Cette réduction n’a pas coïncidé avec une dégradation de la compétitivité, notamment parce qu’elle s’est accompagnée d’une accélération des gains de productivité ».                                                                                                         « La Loi sur les 35h/semaine a permis qu’entre 1998 et 2001 (application des 35h), l’économie française crée plus d’emplois que jamais auparavant dans son histoire, et plus d’emplois par point de croissance annuelle que dans les périodes précédentes et suivantes ».

 

Le Conseil Supérieur de l’Emploi eût été mieux inspiré de consulter des sources officielles et crédibles, telles que ce rapport de l’Assemblée Nationale française.

  • 2ème argument : «le partage du temps de travail via le dispositif d’interruption de carrière » est présenté comme un échec de la création d’emplois, au même titre que » les départs en prépension n’ont pas permis l’embauche de jeunes travailleurs ».

Cette présentation des choses n’est pas correcte. En effet, il est utile de rappeler que le dispositif d’interruption de carrière n’avait pas pour objectif de réaliser le partage du temps de travail, mais de répondre aux demandes individuelles des travailleurs souhaitant une meilleure conciliation entre vie privée et vie professionnelle. Signalons d’ailleurs que, si l’obligation d’embaucher des chômeurs en remplacement des interruptions de carrière a été supprimée, c’est bien à la demande des employeurs, qui invoquaient « les lourdeurs administratives » qui leur étaient imposées !

Ceci dit, même s’il ne s’agissait que de contrats de remplacement, il faut reconnaitre  que ces embauches compensatoires ont permis à de nombreux jeunes de décrocher leur premier emploi et de débuter dans le monde du travail !

Quant aux politiques de prépension, il est faux de dire qu’elles n’ont pas permis le remplacement des travailleurs âgés par des jeunes. La réalité est nettement plus complexe.

 

Il est vrai que les entreprises en restructuration ou en difficulté ont été dispensées de l’obligation de remplacer les départs en prépension et n’ont donc pas embauché de jeunes demandeurs d’emploi.       Par contre, toutes les autres entreprises ont été obligées (sous peine de pénalités) de remplacer le prépensionné par un chômeur, ce qui a permis le maintien de ces emplois et généré des milliers d’embauches compensatoires.

On est en droit de se demander comment un organe d’avis officiel tel que le Conseil Supérieur de l’Emploi puisse émettre un jugement à ce point tendancieux et d’orientation néo-libérale.

A cet égard, on observera, sans surprise, que le patronat (FEB) se réjouit que « le Conseil Supérieur de l’Emploi brise, avec raison, le mythe selon lequel une politique de répartition du travail favorise la création d’emploi »…

 

Pour le Collectif Roosevelt .BE, il faut, au contraire, réaffirmer que la réduction collective du temps de travail est un outil de création d’emplois qui a fait ses preuves et qui s’inscrit dans un projet de société plus égalitaire, basé sur la cohésion sociale et visant une meilleure qualité de vie pour tous.

Soulignons que l'impact de la loi sur les 35h, une réduction somme-toute modeste du temps de travail, en terme de création d'emplois est limitée au regard de ce que pourrait engendrer une rupture nette se comptant non pas en heures mais en journée de travail. Ainsi une mesure de type la semaine de 4 jours avec maintient des salaires en embauche compensatoire aurait un potentiel de création d’emplois dans des proportions toutes autres.

Imaginons ce que serait actuellement notre taux de chômage si nous avions continué à travailler de 14 à 65 ans, 48h par semaine, 6 jours par semaine, 52 semaines par an…

 

Les gains de productivité générés par les progrès technologiques (ordinateurs et robots) sont colossaux et ils doivent permettre de financer ce partage du temps de travail disponible.

La réduction collective du temps de travail avec embauche compensatoire doit être remise à l’agenda politique : elle constitue le levier le plus puissant pour s’attaquer frontalement au chômage de masse et à la précarisation de l’emploi.

C’est l’une des propositions de réformes du Collectif ; elle est bien entendu inséparable des autres et, en particulier, des réformes fiscales nécessaires sur les plans national, européen et international conduisant parallèlement à un partage des revenus.