Collectif Roosevelt.be | Un "New Deal" en 15 solutions pour éviter le krach ultime

Collectif Roosevelt.be

Un "New Deal" en 15 solutions pour éviter le krach ultime

Chers élus, soyez à la hauteur des défis de notre temps!

Carte blanche publiée dans Le Soir du 31 juillet.

Chers élus et membres des futurs gouvernements,

Le contexte dans lequel vous allez assurer vos fonctions nécessite des mesures ambitieuses. Plus qu’une crise, le monde fait face à une fin de cycle, à une mutation structurelle qui ne pourra être solutionnée par le même type de politiques qui nous ont menés au bord du gouffre. Les résultats des élections européennes représentent un sérieux signal d’alarme : l’Europe est de plus en plus perçue par les citoyens comme un problème plutôt qu’une solution. Le fait que les élections du 25 mai aient concerné en Belgique tous les niveaux de pouvoir, des Régions à l’Union européenne, offre une opportunité historique d’impulser un changement de paradigme basé sur la justice fiscale, la régulation bancaire et financière, la transition socio-écologique et le travail décent.

Avant les élections, le collectif Roosevelt .BE a lancé un appel à un « New Deal », un ensemble cohérent de mesures urgentes pour se protéger d’une nouvelle crise et construire sereinement une société meilleure. Huit partis politiques ont répondu à cette proposition (www.jevotedoncjesuis.be/questionnaire.html) et nous les en remercions. Plusieurs points de convergence en ressortent, sur lesquels se sont engagés plusieurs partis francophones qui participeront aux gouvernements fédéral et/ou régionaux dans les jours à venir. Ils sont détaillés en annexe (www.rooseveltbe.org/Doc/Annexe-NewDeal-Gov.pdf).

C’est sur cette base que le collectif Roosevelt .BE souhaite vous suggérer les lignes de force que devraient intégrer les déclarations des futurs gouvernements et leurs actions dès le début de la législature. Le collectif Roosevelt .BE est la section belge d’un mouvement citoyen pluraliste, soutenu par un ensemble de personnalités de différents horizons, qui propose 15 solutions pour répondre aux défis de notre temps. En 1933, F.D. Roosevelt proposa un « New Deal » et appliqua en trois mois 15 réformes qui sortirent durablement son pays de la crise ouverte par le krach de 1929. Nous avons à nouveau besoin d’hommes et de femmes d’Etat capables de mettre en œuvre un véritable « New Deal » à l’échelle européenne. Si ce sont des décisions politiques qui nous ont menés dans l’impasse actuelle, d’autres décisions politiques peuvent nous en sortir. Voici celles qui pourraient y contribuer :

1. Oser une vraie révolution fiscale :

  • Rétablir un équilibre entre la taxation des revenus du travail et du capital en taxant davantage les revenus du capital et en allégeant la fiscalité sur les revenus du travail des bas et moyens revenus, afin de réduire la pression fiscale et d’augmenter le pouvoir d’achat du plus grand nombre.
  • Réduire de manière drastique les multiples niches fiscales qui permettent des déductions injustifiées d’impôts, comme les intérêts notionnels.
  • Boycotter les paradis fiscaux, qui font perdre 5 à 6 milliards d’euros par an à la collectivité en Belgique, par des mesures de transparence et d’exclusion des marchés publics et par l’échange automatique d’informations fiscales.
  • Instaurer un impôt européen minimum sur les bénéfices des sociétés pour enrayer le dumping fiscal causé par la mise en concurrence des Etats membres par les firmes transnationales.
  • Taxer à hauteur de 0,1% toutes les transactions financières (transactions boursières, produits dérivés et transactions de change) à l'échelle européenne, afin de limiter l’impact nocif de la spéculation financière et de mobiliser des moyens pour financer les biens publics mondiaux.

2. Réguler les banques et ramener la finance au service du développement durable :

  • Instaurer une scission stricte des activités de banques d'affaires et de dépôts en Europe et en Belgique.
  • Redonner de l’oxygène aux Etats en finançant la dette publique aux mêmes conditions que les banques via un emprunt indirect à taux d’intérêt très bas à la BCE, ce qui permettrait de réduire la dépense annuelle en charge d’intérêt, actuellement de 12 milliards d’euros en Belgique.

3. Opérer une transition socio-écologique et garantir le travail décent :

  • Refuser en Belgique et en Europe la vente de produits fabriqués dans des conditions ne respectant pas des droits sociaux et des standards environnementaux de base, préservant ainsi notre modèle social et contribuant au respect des droits humains.
  • Lancer un plan d’investissement massif contre le dérèglement climatique, créant plusieurs dizaines de milliers d'emplois en Belgique et davantage en Europe, à hauteur de 1% du PIB européen au moins, dans l’isolation des bâtiments et dans le développement des énergies renouvelables, à financer en partie par des banques publiques de développement et des fonds du budget européen.
  • Investir massivement dans la construction de logements performants énergétiquement, créant ainsi des emplois et faisant baisser les loyers.
  • Accélérer le développement de l’économie sociale qui est un levier d’emplois majeur.

Par ailleurs, le signal d’alarme des élections européennes implique de répondre au déficit démocratique et au dumping social qui font le lit de l’euroscepticisme :

  • Mettre en place un système parlementaire européen, avec un droit d’initiative du Parlement européen et une Commission composée de la majorité parlementaire et chargée de n’intervenir que sur les questions où l’Europe a une véritable plus-value (défense, diplomatie, monnaie, politique industrielle, régulation de la mondialisation recherche, infrastructures, environnement).
  • Instaurer une harmonisation sociale européenne et adopter un Traité de l’Europe Sociale incluant des critères de convergence sociale.

Chers élus, nous vous interpellons car nous voulons croire qu’en 2014, comme en 1933, l’action citoyenne et l’action politique sont capables de changer la donne, d’initier les transformations dont notre société a besoin. Nous refusons de croire que votre rôle se limite à introduire des réformes à la marge ou à rassurer les marchés financiers. Soyez à la hauteur des défis de notre temps !

Signataires :

Mateo Alaluf, Professeur à l’ULB ; Bernard Bayot, Directeur du Réseau Financement Alternatif ; Jean Cornil, Essayiste ; Michel Cermak, Porte-parole du collectif Roosevelt.BE ; Robert Cobbaut, Professeur émérite de l'UCL ; Jacques Defourny, Directeur du Centre d'Economie Sociale, HEC Management School/ULG ; Anne Demelenne, Secrétaire générale de la FGTB ; Olivier De Schutter, Professeur à l’UCL ; Michel Genet, Directeur général de Greenpeace ; Nadine Gouzée, Experte en développement durable ; Mejed Hamzaoui, Professeur à l’ULB ; Marek Hudon, Professeur à la Solvay Brussels School of Economics and Management à l’ULB ; Marc Jacquemain, Professeur à l’ULG ; Jean-Jacques Jespers, professeur à l’ULB ; Bob Kabamba, professeur à l’ULG ; Hugues Le Paige, Directeur de la revue Politique ; Christine Mahy, Secrétaire Générale du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté ; Philippe Maystadt, Ministre d’Etat ; Pierre Ozer, Climatologue et Docteur en Sciences Géographiques à l’ULG ; Geoffrey Pleyers, Docteur en Sociologie à l’UCL ; Marie- Hélène Ska, Secrétaire Générale de la CSC ; Robert Stéphane, ex-Administrateur général de la RTBF et professeur à l’ULG ; Arnaud Zacharie, Secrétaire Général du CNCD-11.11.11.